Le hangar du bazar
-
Situé dans les zones éloignées de la Carcasse, là où certaines parois en métal côtoient la roche, ce hangar abritait au départ ceux qui souhaitaient se tenir loin des autres, avant de devenir un lieu accaparé par les indépendants ou ceux aimant trafiquer des choses plus ou moins louches. La garde circule peu ici et avoir des problèmes n'est pas impossible.
-
C'était un jour comme un autre dans la Carcasse, à ceci près que des gardes étaient passés un peu partout - même dans les endroits où ils allaient le moins - pour lancer un appel. Tous n'avaient pas entendu, mais les rumeurs parlaient d'un appel, d'une mission, voire même de récompenses.
Ledit rendez vous était fixé dans un coin du bazar. -
Borz était arrivé récemment dans la fameuse Carcasse. Il n'avait pas tout à fait eu le temps de prendre ses repères. C'était peut-être le moment de s'intégrer. Il avait donc répondu à l'appel. Dans un coin isolé du bazar, il jouait avec une clef à molette.
-
Le bazar n'était pas vraiment un lieu inconnu d'Elias. Il connaissait les allées, quelques recoins, et certains visages même. Mais ici, il n'était pas question pour le vieillard de bavarder ou de boire un verre. Non, si ce lieu ne lui était pas méconnu, c'était car il y trouvait un certain intérêt. Disons que quand une épidémie de grippe survint, il valait mieux une bonne petite concoction maison du Doc' de côté, quitte à l'échanger contre sa dernière bouteille d'alcool artisanal, plutôt que de risquer d'attendre que la maladie s'installe...
Si le troc lui procurait un certain confort, aujourd'hui, c'était pour une autre raison qu'Elias se rendait dans le bazar. Les patients parlent, parfois beaucoup trop, mais ce n'est pas toujours pour rien. On parlait d'une mission...
Et d'une récompense.
Ses réserves n'étaient pas inépuisables. Chaque herbe médicinale utilisée, chaque bandelette propre placée sur une plaie, chaque comprimé échangé rapprochait un peu plus son laboratoire de la pénurie. Et un médecin sans matériel et médicaments, ça ne sert pas à grand chose. Ces dernières semaines, les marchands s'étaient fait attendre, et les plantes mettaient un temps fou à repousser. Il lui fallait trouver une alternative. Si cette expédition, ou cette mission, pouvait renflouer quelques peu ses stocks... Alors cela méritait qu'il y tende l'oreille. -
Perchée sur une grosse caisse, les jambes balançant frénétiquement dans le vide, Sheryl mâchait une sorte de longue racine. Elle fixait un point aléatoire les yeux grand ouverts et les sourcils froncés.
Bien connue de nombreuses personnes ici, c'était une habituée du hangar. -
Le redouté Son, fils de Son, profitait du repos du guerrier après une journée de travail acharné. Il était assoupi sur un banc, son fusil posé sur son estomac effectuant des va-et-vient au rythme de sa respiration.
-
Borz s'approcha de l'homme assoupi. Il observa son fusil avec beaucoup d'attention. Il se souvenait que ce Brett lui avait dit que les armes étaient interdites dans les allées de la Carcasse. À part pour les gardes. Ce gars en était-il donc un ? Il avait du mal à le croire. Peut-être était-ce une arme factice ? Il eut envie de la toucher. Il se pencha lentement au dessus du lardon, se réveillait-il ?
-
Son continuait de roupiller comme un gros bébé. À mesure que Borz s’approchait, parvenaient à ses oreilles les murmures tourmentés de l’endormi.
— Wha..? Yes, Brett, yeeeeees… What do you..? Aaah… ahhh, what is this ? Urghh, shut the fuck up… -
Il se recula.
— Tout va bien mec ?
Lui demanda-t-il après lui avoir tapoté le front. -
La carabine semi-automatique jetée sur l'épaule du chef de la sécurité de la Carcasse glissa dans la main de ce dernier alors qu'il se glissa au milieu de la petite assemblée qui s'était formée. Le rouquin qui se mit sur sa route le surprit, et reçut une main sur l'épaule, ferme mais pas agressive.
— Attention jeune homme.
Son Sonson se prit un coup de crosse dans le gras du bide qui dépassait.
— Debout tire au flanc !
Il ne s'attarda pas plus sur son cas et se rendit au milieu de l'assemblée, reprenant sa tâche initiale. Il croisa la route d'Elias, "Tu tombes bien je te cherchais" lui glissa t-il rapidement.
— Bon. Bonjour à tous. Je vais être bref: on a perdu un groupe de ferrailleurs dans les tréfonds. Ils auraient du revenir il y a environ trois heures mais ne sont pas remontés. On ne sait pas ce qui leur est arrivé. On pense qu'ils se sont perdus. On cherche des volontaires pour aller sur leurs traces et les retrouver, ou voir ce qui leur est arrivé.
Son regard parcourut la foule.
— Des gardes armés viendront avec vous en cas de pépin, et on a préparé du matériel pour palier à toute éventualité. Faut des gens pour le porter et aider à son installation. Tous les participants seront récompensés. On part sur de la nourriture, mais si vous voulez des munitions ou la priorité sur la prochaine cargaison d'un marchand on peut en discuter.
Brett jaugea la foule, cherchant à discerner des volontaires. -
— Pwah ! cracha Son sous l’impact du coup.
Son sursaut le fit chuter en même temps que son arme, le banc sur lequel il sommeillait se renversa sur sa personne.
— Ouch !
Le calvitié poussa le banc dans un grognement afin de s’en libérer, puis ses yeux scannèrent les environs d’un air paniqué. Ceux-ci s’arrêtèrent sur le dos de Brett, qu’il fusilla du regard. Son ire fut de courte durée, une douleur vive au genou l’en tira.
— Aargh, fuuuck…
Il n’écoutera le connard qu’à moitié. -
Le jus amer de la racine commençait à lui anesthésier la langue et picoter son cerveau. Et le discours de Bret agit comme une étincelle sur un baril de poudre. Des ferrailleurs perdus dans l'obscurité des tréfonds ? Des gardes armés ? L'aventure ! La vraie !
Un large sourire étira ses lèvres. Elle cracha son morceau de racine machouillée et s'avança d’un pas joyeux au milieu du cercle.
- Moi ! Enfin... Hmm. Hmm. Évidemment que je viens.
Ses yeux brillaient sous l'effet de la racine stimulante et de l'excitation. Elle était déjà en train de jeter un coup d'œil avide au matériel, ignorant royalement la gravité de la situation. -
— Oh pardon m'sieur, fit-il en s'écartant du chemin.
Il perdit son intérêt pour l'autre et écouta l'annonce. Il leva la main pour se porter volontaire. Néanmoins, des questions trottaient dans sa tête. -
Comme d'habitude, cette expédition allait avoir son lot de super-héros, prêt à tout pour sortir de ce trou à rat, quitte à en risquer leur misérable vie. Et qui disait expédition risquée, disait danger : Le Doc' comprenait bien ici qu'il allait devoir suivre ce beau monde, sans quoi ils allaient un à un tomber comme des mouches. Elias s'avançait vers Brett.
— Laisse-moi cinq minutes pour prendre quelques affaires qui nous seraient utiles à l'infirmerie, et tu peux compter sur moi. -
Brett hocha la tête à l'adresse de ceux prêts à s'engager dans cette exploration, ainsi qu'à Elias.
— Parfait. Ca devrait être assez.
Il désigna le matériel à côté de lui: des lampes, des câbles en tiges de métal, des harnais, des outils de découpe, un brancard de fortune, et une sorte de mallette.
— Voilà le plan: on se rend dans les Tréfonds, je serai dans l'équipe de tête avec Sonson et un volontaire. Ceux derrière vous aurez à porter le matériel. Le Doc fermera la marche avec deux gardes et nous rafistolera si on a un problème. Pour ceux qui ne se sont jamais rendus dans les Tréfonds, c'est sombre, il y a des trous partout et pas mal d'endroits où s'érafler. Alors on ne se précipite pas, on regarde où on met les pieds et tout devrait très bien se passer.
Son Sonson avait visiblement été désigné volontaire d'office, tandis qu'Elias bénéficiait une fois de plus de la protection liée à sa condition de médecin.
— On part dans quinze minutes, le temps que chacun se prépare. Le matos spécifique vous sera fourni.
Lui même resterait là, supervisant les derniers préparatifs et attendant les volontaires. -
À peine cachée derrière un amont de détritus, car la brunette était une grande bringue, Faye n’avait pas perdu une miette de cette annonce.
Ses comparses avaient disparus dans les entrailles du campement. Non pas que ça l’émouvait, loin de là. Mais l'hypothèse d’une excursion dans l'inconnu de la carcasse cela émoustillait sa curiosité.
Elle s’avancera simplement, sans faire de vague, prête à s'intégrer dans un des groupes volontaires. -
Les outils de découpe et les harnais avaient particulièrement attiré son attention. Elle se portera volontaire pour les transporter.
-
Le Terrible, qui demeurait au sol, vaincu par un genou à l’agonie, s’étrangla presque à l’annonce de son nom.
— What ?!
D’une main, il redressa le banc renversé puis s’appuya sur celui-ci pour se relever, se saisissant au passage de son arme, ses os produisant moult craquements sous le poids des efforts. Il grommela dans sa moustache, avant de s’approcher en boitillant du groupe. Il s’arrêta après quelques pas, observant la bande d’abrutis qu’on l’avait mandé de protéger.
— Hmpf, lança-t-il, dédaigneux, son menton se relevant légèrement. Of course, Brett, I will do it, you know me.
Ses lèvres s’étaient fendues en un petit sourire satisfait. Il était évident que Brett serait incapable de mener à bien cette expédition, le cheffaillon de pacotille n’avait d’autre choix que de faire appel à lui, et pour garder la face, un semblant d’autorité, il l’appelait de la sorte. Mais Son se souvenait bien de la façon dont cet incapable l’avait supplié de l’accompagner il y a quelques instants, ce connard l’avait même frappé tant il n’avait pas supporté être mis devant le fait accompli de ses plans foncièrement stupides. Brett ne l’emporterait pas dans sa bêtise avec sa façon d’agir immature, au moins l’un d’entre eux devait se comporter en homme pour le bien du groupe. -
Il n'était pas très rassuré d'avoir ce Son dans l'équipe de tête, mais enfin, si ces gens étaient parvenus à construire cette cité, c'est qu'ils savaient ce qu'ils faisaient. Il se prépara pour la petite expédition.
-
Le temps s'écoula, et tous revinrent donc avec ce qu'ils avaient jugé utile d'emporter.
— Tout le monde est là ? Bon, allons y
Ils s'élancèrent vers les Tréfonds. Brett en tête.
https://vestigiem.inquisitionem.fr/post/607